
Depuis le 7 octobre 2023, la loi « Darcos » est en vigueur : pour rappel, elle impose aux différents sites de e-commerce vendant des livres de facturer des frais de port minimum de 3€ pour toute commande inférieure à 35€. Sept mois plus tard, nous avons jugé intéressant de faire le point sur notre façon de consommer les livres et notre perception de cette loi
Depuis l’entrée en vigueur de la loi fixant un montant minimum de 3 € pour les frais de port des livres, avez-vous remarqué un changement significatif dans la disponibilité des livres en ligne, notamment en ce qui concerne la diversité des titres proposés ?
Mido : Pour avoir fait le tour des sites de vente de livres, je n’ai pas l’impression d’avoir noté un changement. Même si certains Comics sont assez compliqués à trouver, mais je pense que ça tient plus de la date de sortie éloignée que de la mise à disposition à cause la loi.
Antho : Je n’ai constaté aucun changement : le catalogue n’est pas plus étoffé qu’avant. Cela n’est pas lié à la mise en place de la loi.
Comment évaluez-vous l’impact financier de cette loi sur votre budget consacré à l’achat de livres en ligne ? Avez-vous constaté une augmentation substantielle de vos dépenses depuis son application ?
Mido : Le mois dernier, j’ai voulu commandé des comics donc qui manquaient à ma collection. Le total de la commande faisant moins de 35€, les 3€ de frais de port m’ont été imposés. Si je ne voulais pas les payer, il aurait fallu que je rajoute un livre à 9€, et donc ça m’aurait fait un panier à 6€ de plus à celui actuel. Donc j’ai préféré payer les 3€. Cependant, la plupart du temps, je vais directement en magasin, ayant la chance d’avoir plus librairies à proximité.
Antho : J’ai constaté une baisse des achats : j’essaie d’éviter le plus possible de payer ces 3 euros et je regroupe les courses dans le même secteur. Pour les livres, je fais plus souvent du retrait en magasin.
Certains critiques estiment que cette mesure pourrait dissuader les lecteurs d’acheter des livres en ligne, favorisant ainsi les librairies physiques. Partagez-vous cette préoccupation ? Avez-vous constaté un retour vers l’achat de livres en magasin plutôt qu’en ligne en raison de cette loi ?
Mido : D’après une analyse des premières retombées, il semblerait que ça ne favorise pas forcément la vente dans les magasins physiques, beaucoup de lecteurs vivant dans une zone éloignée dans point de vente. Il semblerait même que Cultura et la FNAC ont profité très largement de cette mesure. Notamment, je note également l’explosion du téléchargement illégal des ebooks.
Antho : Non, je n’ai constaté aucun progrès vers l’achat de livres en magasin : si vous habitez en ville, il n’y a pas de souci, vous avez autant de librairies que vous voulez, mais si vous habitez en pleine campagne, cela ne vaut pas le coup de se déplacer uniquement en librairie avec la voiture compte tenu du prix du carburant et des places payantes. Toutefois, comme l’a dit Mido, Cultura et la Fnac sont les grands gagnants. Amazon est clairement le perdant de l’histoire, mais je suis sûr que c’était l’objectif de cette loi. N’oubliez pas qu’Amazon n’a pas pignon sur rue. Pour finir, je suis d’accord sur la hausse du téléchargement illégal mais aussi sur le désintérêt pour la lecture.
En tant que blogueurs passionnés de lecture, pensez-vous que cette loi a un impact sur la diversité et la qualité des contenus littéraires disponibles en ligne ? Si oui, comment cela se manifeste-t-il dans vos choix de lecture et dans les titres que vous recommandez à vos lecteurs ?
Mido : Pour ma part, ça n’a rien changé dans ma consommation de la lecture. Je lis ce que j’aime et ça ne m’a pas poussée à sortir de ma zone de confort, ou encore de découvrir d’autres auteurs. En tout cas, ce n’est pas une loi qui va me pousser à changer mes habitudes, mais plus les autres lecteurs que je suis sur les réseaux sociaux.
Antho : Elle n’a eu aucun impact. J’ai surtout dû trouver des alternatives : heureusement, Auchan a un rayon librairie assez fourni, mais je regrette l’absence de certains tomes, ce qui me force à trouver une solution pour les obtenir ou à renoncer.
Avez-vous remarqué des réactions particulières de la part des éditeurs ou des librairies en ligne depuis l’introduction de cette mesure ? Ont-ils mis en place des stratégies spécifiques pour atténuer son impact sur les lecteurs et sur l’industrie du livre en général ?
Mido : Il me semble que des librairies indépendantes ont mis en place de nouveaux programmes de fidélité pour compenser ces 3€ de frais de port imposés.
Antho : J’ai remarqué des bons de réduction de 5 € pour 25 € d’achat ainsi que des cadeaux offerts par les éditeurs dans les librairies. Elles ont également plus de visibilité sur des sites tels que placedeslibraires.fr, avec la possibilité de passer commande chez elles pour éviter de se déplacer inutilement.
Certains observateurs soutiennent que cette loi vise également à protéger les librairies indépendantes en ligne en instaurant des frais de port minimum équitables. Êtes-vous d’accord avec cette analyse ? Pensez-vous que cette mesure contribue à promouvoir une concurrence plus équitable entre les différents acteurs du marché du livre en ligne ?
Mido : Il aurait fallu, au contraire, que les librairies indépendantes ne soient pas concernées par cette loi. Je pense que ça inciterait les lecteurs à se tourner vers eux, puisque la commande moins chère. Idem, beaucoup d’auteurs indépendants sont édités directement via Amazon. Cette taxe ne devrait pas d’appliquer dans ce cas précis.
Antho : Cette loi est surtout une occasion pour l’État de prélever 3 euros auprès des clients. Peut-on réellement être sûr que cet argent va financer les librairies indépendantes ? Je n’ai aucune confiance envers le gouvernement : par le passé, ils ont aisément détourné l’utilisation de certaines taxes (pour moi, ces 3 € sont une taxe) à d’autres fins que celles initialement prévues. Par conséquent, je doute que cela change beaucoup de choses : il serait nécessaire que les librairies indépendantes améliorent leur image, la rapidité des commandes et cessent surtout de se plaindre ! Amazon fait beaucoup pour les éditeurs, allant même jusqu’à leur fournir une boutique en ligne avec une gestion des entrepôts. À mon avis, un partenariat coopératif aurait été plus judicieux que de diaboliser le commerce en ligne. L’accessibilité pour les clients est primordiale, il est inacceptable de devoir parcourir 30 km pour acheter un livre.
Quel est votre avis sur la durabilité environnementale de cette mesure ? Certains soutiennent que l’augmentation des frais de port peut dissuader les achats impulsifs et réduire ainsi l’empreinte carbone associée à la livraison de colis. Partagez-vous cette perspective ?
Mido : Cela incite surtout les lecteurs à regrouper leurs achats, et non pas d’acheter moins de livres. Faire par exemple l’achat de livres un rituel, une habitude mensuelle.
Antho :Un véhicule utilitaire de livraison faisant sa tournée est toujours plus écologique que de voir un grand nombre de clients prendre leur voiture pour acheter des livres et revenir. Les 35 € sont destinés à regrouper les achats, mais je les trouve excessifs : un plafond à 25 € aurait été plus raisonnable.
En tant que consommateurs de livres en ligne, quelles sont vos attentes par rapport aux services de livraison depuis l’introduction de cette loi ? Avez-vous remarqué des améliorations ou des inconvénients dans la qualité des services de livraison depuis cette période ?
Mido : Je ne pense que cela a eu un impact sur ces points. Par ailleurs, je fais attention à l’identité de l’expéditeur, car je sais par expérience que certaines enseignes ne protègent pas les livres dans les colis.
Antho : Non, je ne pense pas qu’il y ait un impact sur la livraison. Toutefois, on pourrait s’attendre à une amélioration des services si nous devons les payer.
En conclusion, comment voyez-vous l’avenir de l’industrie du livre en ligne à la lumière de cette nouvelle réglementation ? Pensez-vous que d’autres mesures seront nécessaires pour garantir un équilibre entre les intérêts des lecteurs, des éditeurs et des vendeurs en ligne ?
Mido : D’après ce que j’ai pu lire que les premières retombées, je pense que cette mesure est vouée à disparaître. Si vraiment on veut que cela ait un impact positif pour les librairies indépendantes, c’est alors les grosses enseignes qu’il faut taxer en priorité. Aussi, il faut encourager l’auto-édition et les maisons d’édition indépendantes, en leur facilitant la création d’entreprise au niveau administratif mais également d’un point de vue financier.
Antho : Je doute que cette mesure ait l’impact escompté ; je crains même qu’elle produise l’effet inverse en pointant du doigt les librairies indépendantes comme responsables de cette « taxe ». Taxer les grandes enseignes, pourquoi pas, mais il faudrait encore qu’elles n’en répercutent pas le coût sur les lecteurs. Pourquoi ne pas plutôt améliorer l’aspect administratif et diversifier l’offre en proposant, par exemple, des articles promotionnels, des films en support DVD et Blu-ray.
Et vous, que pensez-vous de ce sujet ? N’hésitez pas à participer au débat en commentaire.






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