C’est lors de cette édition 2022 de la Japan Expo Paris que j’ai pu rencontrer deux talents du secteur du manga : Cab et Federica Di Meo. Cab est scénariste et Federica dessinatrice, et ils ont su combiner leurs talents pour créer le manga Oneira, édité chez les éditions Kana. Voici la retranscription de notre rencontre.

Mido : Comment s’est déroulé votre collaboration sur ce manga, Oneira ?

Federica : Cab m’a beaucoup aider lors de notre travail. par exemple, j’avais besoin de savoir, de connaître le parcours de chaque personnage pour commencer à dessiner. C’est vraiment nécessaire parce que j’aime faire plusieurs choses quand je dessine les cases. J’ai besoin de commencer à mettre des petits éléments dans les cases des premières pages. Et il m’a vraiment aider à avoir une vue globale de l’histoire.

Cab : Oui, on se parlait tout le temps. Au-delà du scenario, Federica sait tout. On en sait autant l’un que l’autre. Pour le moment, il y a quatre tomes de prévus.

Federica : Pour l’instant, vous ne voyez qu’une partie de l’histoire, mais c’est vraiment un monde vaste.

Cab : Oui, et on va aussi changer de personnage principal. Et il y aura beaucoup de personnages différents.

Mido : Et donc beaucoup de personnages à dessiner.

Federica : Oui, mais j’aime bien ce processus de création du personnage quand je travaille sur un manga. C’est l’une des choses les plus importantes parce que le manga est basé sur les personnages. Et si le lecteur n’arrive pas à capter cela, il ne continuera pas à lire l’histoire. C’est donc important d’aimer ou de ne pas aimer un personnage. Par exemple, Arane (personnage principal du tome 1 de Oneira) elle n’a pas un caractère facile.

Mido : Quel est votre parcours à chacun ?

Cab : J’ai commencé à écrire il y a une dizaine d’années. Je n’avais pas du tout l’ambition de faire des manga. Ce n’est pas que ça ne m’intéressait pas, mais scénariste de manga, il y a 10 ans, personne savait ce que ce sera en France. Du coup, je m’étais essayé au roman. C’est un travail long, extrêmement long. C’est un travail chouette à faire mais c’était beaucoup trop long et pas satisfaisant de faire autant de recherche, et d’écrire seulement deux pages. Il te faut un certain, et il ne faut pas se planter car tu investis des années, et je ne voulais pas faire autant. J’aime beaucoup trop le format sériel, je n’arrive pas un faire un One-Shot, je n’arrive pas à faire une histoire. Même en film, je pense que je n’y arriverai pas. J’aime trop disséminer des choses dans l’histoire, j’aime beaucoup trop le format sériel, pour ses cliffhangers, pour tout ce que tu peux apporter pour le suivi d’un personnage par exemple. C’est bien de suivre un personnage durant un film, mais c’est encore mieux de le suivre dans une série qui est plus étalée dans le temps et cela permet de, scénaristiquement, de beaucoup de préparation, de ressorts scénaristiques. je trouve ça beaucoup plis intéressant. Le format sériel me donne plus envie de raconter plus de choses, plus de fantasy.

Et si tu additionnes le tout, tu pars dans le manga. Je suis parti là-dessus, j’ai construit un monde il y a de cela un petit moment, et on a fait un premier manga qui s’appelait « D’Encre et de Feu », et pareille, c’était de la fantasy. Je me suis rendu compte que j’avais 25 ans et que ce n’était plus ce que je voulais raconter, un héros qui contrôle le feu etc. J’avais envie de raconter quelque chose de plus adulte. Et c’est là que je suis parti pour écrire Oneira.

Mido : Effectivement, on est bien dans quelque chose de plus adulte.

Cab : C’est pour ça que c’est plus intéressant. Notamment, Sacha, le héros « D’Encre et de Feu » était plus jeune que moi à l’époque et je me sentais un peu dissocier de lui par rapport à cet écart d’âge. Il avait des réactions qui étaient immatures . Alors que là, Arane en la faisant plus vieille, je peux me permettre de lui faire des réactions que moi-même je ne comprends pas. C’est pour cela que le ressort avec Vénus (la fille adoptive d’Arane) est intéressant. C’est d’être à mi-chemin entre Arane et Vénus et se dire « Je comprends, mais je comprends l’autre ». C’est faire cet espèce de mixte. on ne dit pas que l’une a raison et que l’autre a tort, ou inversement. Vous avez des différences de point de vue qui sont liées à votre statut, mère et fille, et entre un personnage qui a à peine 19 ans et l’autre qui en a 40. Je trouve cela très intéressant, moi qui suis dans la trentaine, d’un peu balancer entre les deux.

Federica : A 25 ans, j’ai arrêté de dessiner pendant 10 ans. Parce que la dernière fois que j’ai dessiné, j’avais 18 ans. Je ne pensais pas faire ce métier. Je suis diplômée en Histoire de l’art. J’ai commencé à dessiner pour me divertir, pour mon plaisir. Les personnes commençaient à m’appeler pour faire des petits travaux. Je trouvais cela très intéressant. Le moment que j’ai décidé de faire ce travail c’était quand j’ai lu Manga Bomber, qui est un manga sur un créateur de manga. Quand j’ai vu les planches ce sont les comportements et les mots, je les trouvaient vraiment naturel. Personne ne peut penser comme ça. Et je me suis dit que c’était un travail pour moi. J’ai connu une personne qui a vécu en France et qui a étudié au Japon, à Tokyo. Avec elle, j’ai étudié la technique du manga, et je suis allée au Japon pour savoir si mon travail était bien pour eux. A un moment, j’ai fait un exercice et je l’ai montré à notre professeur et il était impressionné par mon travail. Je suis ensuite allée à la rencontre de Panini Manga en Italie. je leur ai dit : « Vous publiez Bakuman ici, en Italie. Je suis Bakuman. Travaillons ensemble ! ». Trois mois après, on m’a appelée pour travailler sur un manga, Somnia.

Mido : Comment s’est décidé votre collaboration, donc Cab au scénario et Federica au dessin ?

Cab : J’ai proposé le scénario à l’éditeur de chez Kana. Il m’a dit Ok, il suivait pour faire plusieurs tomes. On a fait passer des castings à plusieurs dessinateurs internationaux. On est tous les deux tomber amoureux du travail de Federica. Elle était d’accord mais elle voulait en savoir plus, alors je lui ai envoyé les deux tomes qui étaient déjà écrits. Et ça s’est fait tout naturellement. Depuis l’instant où j’ai vu ses dessins, il n’y a pas eu un seul instant de remise en question. Et c’était tellement un évidence qu’on a travailler ensemble pendant un an sans contrat.

Federica : J’étais vraiment émue quand il m’a écrit pour la première fois. Je ne savais pas encore qu’il était le scénariste d’Oneira. j’ai vu un nom français me suivre je me suis dit OK. Notre travail a été vraiment naturel depuis le début. Il est devenu un ami. Je pense que quand on travaille sur un manga c’est vraiment émotionnel. Et si tu n’as pas un rapport facile à avec l’autre personne, le travail peut être difficile. Nous avons partagé différentes émotions ensemble, pour nous c’est vraiment nécessaire c’être honnêtes, sincères. S’il y a une petite difficulté, dépasser ça c’est aussi ça d’être adulte.

Mido : Pourquoi ce thème des Cauchemars ? J’ai vraiment l’impression que c’est un thème philosophique. Je l’ai ressenti comme ça : chacune de nos pensées, chacune de nos épreuves, quelque soit l’émotion, que ce soit la peur, la tristesse, l’amour etc., il y a forcément un impact sur notre vie. Pourquoi avoir choisi ce thème, cette thématique ?

Cab : Je pense que ça parle à tout le monde, et je pense que c’est toujours intéressant. Dans Naruto, il a sa solitude et il la combat. Et je trouvais cela intéressant sauf que là on l’a personnifié. Je trouve cela intéressant d’avoir des peurs internes, qui peuvent grandir, qui peuvent te ronger au fur et à mesure, comme peut l’être la dépression et toute autre maladie psychologique de manière générale. Je trouve intéressante cette redondance, et cette redondance on arrive à la personnifier on qu’on ait créé des thaumaturges, comme les Epers, pour les combattre. C’est comme si que, entant qu’être humain, tu étais incapable de combattre tes propres démons, et c’st très dur à faire. Et de créer une caste qui était capable de le faire c’était très important. Les Cauchemars ne sont rien de plus que des monstruosités qui viennent de nos propres peurs. Je trouve que c’est une thématique qui est très peu abordé, d’être rongé de l’intérieur par toi-même.

Federica : je pense que qu’il y a une forme de tabou autour de ce sujet, de parler de nos peurs. Nous sommes dans une période où les réseaux sociaux prennent une place importante dans nos vies, et nous devons porter un masque. Parler de ça signifie de lever le voile. Pendant l’histoire, les personnages ont des difficultés à parler de leur propre Cauchemar. Et le travail d’Arane est d’entendre la personne avant de les aider.


J’espère que cette interview vous a plu. je remercie Jazz qui m’a aidé dans la réalisation de cet entretien. Retrouvez dans les meilleures librairies les deux premiers tomes d’Oneira, édités par les Editions Kana.

Une réponse à « Interview de Cab et de Federica Di Meo, créateurs du manga Oneira »

  1. […] mon interview de Cab et de Federica di Meo lors de Japan Expo Paris […]

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